25/02/2005
De pierre
Laurence Murphy nous montre que la poésie en prose peut être, elle aussi, synaptique.
La pierre était dure. Et lourde. Arc-boutée, la femme tentait de la bouger. Un centimètre. Un centimètre, ce serait déjà ça. Déjà sienne.
Elle se tourna, se retourna, s'empara d'un silex. Si elle ne pouvait pas la bouger, elle allait tout au moins la griffer, l'érafler, la marquer.
Mais la pierre était dure et l'outil trop peu sûr.
Et la main tout à coup, lassée, reposa le silex et osa se poser.
Tout autour d'elle, des pierres, de toutes tailles, de toute taille. Des pierres étayant d'autres pierres. Des pierres qui taillaient les parois. Des pierres tailladant l'ombre enfouie, sursautant de blancheur, suppliciant ce silence.
Des pierres se faisant chape, lourdes comme cette haine. Des éboulis de cris enfouissant cette vie.
Enchâssée dans leur honte.
Et les pierres entassées par ces terrassiers fous, fracassant ce marbre blanc.
Sentinelle discrète, une longue pierre plate, telle un galet poli par une mer oubliée, dalle désemparée, révélait une cassure sur un pan de ciel blanc, serti d'éclats de pierre, où la peine emmurée ricochait par à-coups sur le corps statufié de la femme lapidée.
Laurence Murphy.
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05/02/2005
LARME DE PLUIE
Sur les pavés mouillés
Se reflète l’obscurité
D’une nuit sans étoiles,
Avec pour seule lune
La lueur d’un pauvre lampadaire
Pleurant des éclats de lumière blafarde
Qui ricochent sur les pierres disjointes.
Dans l’ombre, une goutte de pluie
Accroche les sanglots colorés
D’une étoile sans nuit
D’une lune sans ciel,
D’un coeur sans amour,
Et d’un amour sans toi,
Sans ton visage aimé,
Sur lequel glisse une goutte de pluie.
Ou serait-ce une larme ?
Michel Henric-Coll
(pikkabbu)
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31/01/2005
ENFANTS
J'entends sur la route passer une auto
Va-t-elle à Compostelle
Rejoindre les pécheurs en quête de rédemption?
Le confessionnal ne suffisait-il pas
Où, dans une odeur confinée d'encens
Le prêtre gâteux disait ses patenôtres?
Il disait à l'enfant espiègle de ne pas se toucher
Et l'enfant aurait bien voulu quitter sa solitude
Jouer au docteur avec la jolie voisine
Dont la jupe volait au vent.
Oh! Oui, il aurait aimé partir avec elle sur un voilier
Au balancement de la mer
Vers des îles lointaines,
Peuplées d'anthropophages
Tiens, j'ai faim, soudain, je n'ai rien mangé depuis mon lever
Faut dire que j'avais bu, hier soir, plus que de raison
Il y avait mes enfants, et les leurs
J'ai joué avec Lili, j'ai dansé avec elle
Paul m'a montré le cadeau qu'il a reçu à Noël:
Une auto mécanique dont j'entends ronfler le moteur
Comme celle qui passe sur la route.
Armel, 30 janvier 2005
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30/01/2005
NAISSANCE
Des feuilles volantes
Tournoyaient au vent,
Les mots se décoiffaient.
Les phrases déshabillées
Frissonnaient et tremblaient,
Et la grammaire transie
Paralysait les verbes.
En soufflant sur les lettres,
Réchauffant les syllabes,
L'haleine des poèmes
Ranimait les consonnes,
Et les soupirs des rimes,
Ravivant les voyelles,
Faisaient pleuvoir les strophes
Sur les pages dénudées
D'un livre très rêveur,
S'envolant sur les ailes
De feuillets voyageurs.
Laurence Murphy
(Lau', le nuage)
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26/01/2005
LA ROSE BLEUE
De la lune disparue
La lune est morte, vive la nouvelle lune,
Nous mangeons les croissants.
Prêts à accueillir le soleil d'abord blafard
qui sur nos peaux ne cesse doucement
en habile chevalier
pour ne pas nous effaroucher
d'intensifier sa chaleur et sa couleur.
Jamais nous ne mangeons le soleil
Sauf à son couchant
quelques bulles ou liqueurs dorées
qui prolongent encore
son ivresse flamboyante
Un bol d'or, le soleil est mort, vive le nouveau soleil
Au matin le deuil de la lune
Au soir celui du soleil.
La rose bleue elle, est éternelle.
Flora
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13/01/2005
BOUTEILLE À LA MER
J’ai confié mon message,
Mon océan de mots,
Aux vagues de la mer
Et aux vents du grand large.
Portés par les rouleaux
Ces mots tracés au sillage de toi,
Voguant, flottant,
Ancrés dans un flacon,
Enchâssés dans le verre,
Et défiant les brisants,
Fendant l onde marine ;
Un flot de mots éclaboussés
à l écume de l’amour,
Ruisselants de désir,
Tanguant à la crête des lames,
Cisaillant les flots,
Et puis mouillant, enfin,
Au sable de ta peau.
Laurence Murphy
13:11 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22/12/2004
ROUILLE ORDINAIRE
Rêve tremblant
Que déchire le réveil.
Le silence gris
Du matin mort-né
Habille les incertitudes.
Corps étouffé
De gestes automatiques.
Badge comptable
Du temps fade.
Sourire factice
Noyé dans l'amertume
Du café froid.
La pendule égrène les heures vides.
Indifférence mutuelle
Des chemins qui se séparent.
La clé grinçante
Ouvre la porte de l'ennui.
Crépitement des micro-ondes
Sur la solitude du soir.
La nuit berce la peur
Jusqu'au sang.
Patricia Guenot
(Vous pouvez voir le réseau synaptique de ce poème dans la rubrique "Technique".
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20/12/2004
NÉANT IMPASSIBLE
Les mots glissent sur la feuille
Comme un vent d’automne
Emportant les écoliers
Sur le chemin des rédactions.
Les phrases meurent
Dans le silence
Hivernal
De l’ennui.
Le poète se fane
En vers vides.
Le temps s’écoule
Le long du canal
Du chagrin.
La nuit emporte les larmes
Dans le puits
Du néant impassible.
Patricia Guenot
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18/12/2004
LA BOITE DE JAZZ
Les doigts glissent sur les cordes
Comme une danseuse sur son fil
Agitant son ombrelle
Et ployant le genou.
Les notes s’évaporent
Comme la fumée d’une cigarette
Emplissant l’atmosphère
D’un brouillard mentholé.
Les glaçons cendrés se morfondent
Dans le whisky pur malt
Les yeux brillent
Et reluisent les lèvres.
D’autres lèvres bécotent
Amoureusement
L’anche du saxophone
Insufflant des bouffées de feeling
À l’instrument qui se déhanche
En gémissements colorés.
Irisé comme des bulles de savon
Venant éclore à la surface,
Le piano émerge de la brume.
Bien qu’immobile, je tangue
Comme danse un voilier sur la crête des vagues,
Mes filins tendus vibrent
Pendant que crisse l’acajou.
Dans un bruissement de cymbales
Je me sens faseyer
Je me convertis en volutes
Et je deviens musique.
Libre.
Pikkabbu
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17/12/2004
SOUVENANCE
Nuages passagers
Se déclinant en larmes
Le long du verre de tes yeux clairs
De ton visage nu,
À peine embué de cette nuée
Évaporant l'espoir,
En gouttes de cette peine,
pinceaux légers trempés de brume
Traçant les veines de tes mains
se tendant vers ce voile vaporeux
Tissé de souvenirs effilochés
Pour soulever un coin de ce ciel ombragé
Et se désaltérer à la pluie du passé
Laurence Murphy
11:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


