26/09/2005

Aganippé

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AGANIPPÉ


 

Eclaboussures,
Jaillissement de perles congelées par le temps
Comme autant d’âmes suspendues
Dans le halètement de la nuit,
Frissonnantes dans l’haleine du silence.
Ames errantes dans l’obscurité de leur aveuglement,
Disjointes,
Sourdes à la lumière des gouttes
Pulsées par un élan ventriculaire,
Désir d’être,
De fusionner
Les émotions cristallisées,
Recomposer le lac
Souple et profond,
Se liquéfier moléculairement
Dans le courant de l’humanité,
Dans le bouillonnement de ses éclaboussures.

 

© Michel Henric-Coll

25/02/2005

De pierre

Laurence Murphy nous montre que la poésie en prose peut être, elle aussi, synaptique.

La pierre était dure. Et lourde. Arc-boutée, la femme tentait de la bouger. Un centimètre. Un centimètre, ce serait déjà ça. Déjà sienne.
Elle se tourna, se retourna, s'empara d'un silex. Si elle ne pouvait pas la bouger, elle allait tout au moins la griffer, l'érafler, la marquer.
Mais la pierre était dure et l'outil trop peu sûr.
Et la main tout à coup, lassée, reposa le silex et osa se poser.

Tout autour d'elle, des pierres, de toutes tailles, de toute taille. Des pierres étayant d'autres pierres. Des pierres qui taillaient les parois. Des pierres tailladant l'ombre enfouie, sursautant de blancheur, suppliciant ce silence.

Des pierres se faisant chape, lourdes comme cette haine. Des éboulis de cris enfouissant cette vie.

Enchâssée dans leur honte.

Et les pierres entassées par ces terrassiers fous, fracassant ce marbre blanc.

Sentinelle discrète, une longue pierre plate, telle un galet poli par une mer oubliée, dalle désemparée, révélait une cassure sur un pan de ciel blanc, serti d'éclats de pierre, où la peine emmurée ricochait par à-coups sur le corps statufié de la femme lapidée.

Laurence Murphy.

05/02/2005

LARME DE PLUIE

Sur les pavés mouillés
Se reflète l’obscurité
D’une nuit sans étoiles,
Avec pour seule lune
La lueur d’un pauvre lampadaire
Pleurant des éclats de lumière blafarde
Qui ricochent sur les pierres disjointes.
Dans l’ombre, une goutte de pluie
Accroche les sanglots colorés
D’une étoile sans nuit
D’une lune sans ciel,
D’un coeur sans amour,
Et d’un amour sans toi,
Sans ton visage aimé,
Sur lequel glisse une goutte de pluie.
Ou serait-ce une larme ?

Michel Henric-Coll
(pikkabbu)